diem (1)
En 1990, j'ai eu l'occasion de rencontrer trois compositeurs - interprètes qui étaient à l'époque chez DIEM.
Etaient réunis chez Jean-Marc Staehlé, l'auteur, Jacqueline Thibaut et Claude Yvans.
J'ai pû les questionner sur leur travail.
Je vous livre ici la bande audio de l'interview réalisée ainsi que la transcription à peu près fidèle des échanges.
L'interview étant longue, sa diffusion se fera en plusieurs épisodes.
Le contenu devait servir à rédiger un article pour la revue Réseaux qui a disparu depuis (comme tant d'autres).
Cliquez ici (Fichier de 2 mb au format Real Audio)
Trio pour un nouvel âge éternel.
- Pascal Rivière : Que pensez-vous de l'étiquette « New Age » qu'on vous attribue ?
-Claude Yvans : Si elle est sans cesse réactualisée pourquoi pas. Si on la transforme sans arrêt.
- Jean-Marc Staehlé : On est tous pareils. On ne veut pas rentrer dans une étiquette pour ne pas être enfermé dans une image bien précise mais d'un autre côté, on est bien content de disposer d'une place dans les bacs des disquaires, de pouvoir être répertorié quelque part.
- Pascal Rivière : Oui, il y a un avantage commercial.
- Jean-Marc Staehlé : Le tout, c'est de ne pas être piégé par une étiquette.
- Claude Yvans : Voilà. Toi chez toi Jean-Marc, chez toi Jacqueline, c'est plus clair car vous produisez des œuvres entièrement musicales. Moi, c'est sûr que c'est très ambigu. Pace que comme, il y a beaucoup de choses chantées, je vais me retrouver à un moment donné à « Y » en variétés.
- Jacqueline Thibaut : C'est quand même marqué ce que tu chantes.
- Claude Yvans : C'est quand même plus difficile car il n'y a pas vraiment de chanteur dans ce courant. Il y a bien Maurice Bénin qui fait depuis près de 20 ans quelque chose qui est très près du New Age. D'ailleurs, il est distribué par Le Souffle d'Or. Mais sinon, il y en a très très peu. Patrick Bernahrdt, ca chante un peu.
- Jean-Marc Staehlé : C'est bizarre car regarde aux Etats-Unis, la musique New Age, c'est quasiment exclusivement instrumental. Mais si c'est chanté, alors on ne trouvera pas le disque dans les bacs New Age. Et pourtant, une artiste comme Enya qui est super New Age ne figure pas dans les bacs de ce nom.
- Claude Yvans : Ici, en FNAC, elle est a « E » en musique rock ce qui n'est pas vraiment adapté.
- Jean-Marc Staehlé : Il y a donc effectivement un problème entre le fait que ce soit chanté et l'étiquette New Age. Le message a tellement de mal à être porté par les mots qu'il faut vraiment que ce soit très poétique alors qu'avec la musique, c'est quelque chose qui peut passer beaucoup plus facilement.
- Claude Yvans : Michel Jonaz a écrit des chansons dans ce genre mais il est très imprégné de cet esprit, il voyage beaucoup en Inde. Il est aussi allé à l'ashram de Sri Oro Bindo.
- Pascal Rivière : Est-ce qu'avoir une étiquette New Age cela n'ouvre pas des portes mais en ferme également d'autres ?
- Jean-Marc Staehlé : Oui, effectivement. Moi, je suis content que cette étiquette existe car ca m'a permis de démarrer. Je me sens bien dans cette connotation la car ca correspond à ce que j'ai envie d'exprimer pour l'instant. Mais je sais aussi qu'avant j'ai fait d'autres choses et je n'ai pas envie de m'en couper. Si je ressens le besoin de faire du jazz, je ne veux pas rejeter cette envie. Je crois qu'il faut prendre le bénéfice à travers chaque chose et que sin cela nous correspond, il faut pas qu'il y aie un label qui en empêche. Je crois que c'est un outil.
A partir du moment où on est assez indépendant, nous ont est en auto-production et grâce à cela, on a encore une autonomie suffisante.
- Claude Yvans : Je crois qu'il faut parler de cela. A part Jacqueline qui a des contacts avec des studios et y gère une partie de ses productions, nous, autres musiciens chez DIEM, on est tous des fous d'informatique et de synthétiseurs et on fait tout à la maison dans notre propre petit labo / studio. Cela prend d'ailleurs pas mal de temps. Ca autrefois, ce n'était pas possible. Dans les années 70 , j'ai fait trois albums avec des Revox qui étaient des reflets de spectacles mais à l'époque, on ne pouvait pas atteindre une qualité sonore telle qu'on l'a aujourd'hui avec le numérique.
Il y a eu deux grandes révolutions qui ont amené cela : D'abord l'arrivée du numérique et puis le fait que l'équipement technique n'est plus à des prix prohibitifs Cela fait qu'on peut avoir chez soi un équipement de qualité. Par contre c'est le temps qui va remplacer le prix du studio. Il va falloir travailler très longtemps, faire des mix avec une technique différente du studio qui va permettre de réaliser des œuvres qui sinon seraient très coûteuses. C'est une révolution que les musiciens Nouvel Age utilisent.
- Jean-Marc Staehlé : L'arrivée de la technologie a vraiment du bon au niveau de la création et de la créativité. Il s'offrent des possibilités qui n'existaient pas il y a quelques années. Avec un synthé, on a toutes sortes de sons : violon, flûte, ... , du plus naturel au plus sophistiqué. On peut vraiment faire de la peinture avec les sonorités. Il est intéressant d'avoir toutes ces choses chez soi pour vraiment prendre son temps, chercher chaque couleur de son et à créer sa toile avec amour, à évaluer ce qui sonne le mieux, créer des univers. C'est vraiment un travail passionnant.
- Pascal Rivière : Quelle est la durée approximative de ce type de travail ?
- Claude Yvans : On a tous des temps très différents. Ca peut être très long. Je mets beaucoup de temps. C'est difficile à quantifier mais par exemple je viens de travailler toute l'année passée et j'ai sorti deux CD.
Le plus agréable, c'est qu'on peut se permettre de travailler sur un CD comme le font les « grands » sans que cela nous coûte une fortune.
Quand Peter Gabriel travaille sur un produit, lui aussi a habituellement besoin de six mois. Parfois pour certains albums il a mis un an, un an et demi.
Jacqueline, je crois travaille différemment.
- Jacqueline Thibaut : C'est différent parce que j'écris tout. Je travaille toute seule, je prépare tous les sons au synthétiseur, de manière à réduire au maximum le travail de studio. Il n'y a qu'à brancher les appareils. « Passagers d'Univers » a été fait ainsi en trois après-midi d'enregistrement.
Tout était prêt, il n'y a eu qu'une seule prise. La partie et ca devait-être parfait.
L'ingénieur du son n'a pas eu à intervenir. Il a juste mis un peu de « reverb ».
- Claude Yvans : On a chacun des méthodes différentes.
- Jean-Marc Staehlé : Je sors en moyenne un album par an. Cela se fait en plusieurs phases.
Il y a tout d'abord celle de créativité où on trouve des idées. Tous les jours, j'improvise des séquences au piano, au synthé, puis j'enregistre tout cela. Puis après je recherche ce qui me plait et je retravaille ces idées la. Après, il y a des thèmes qui sont écrits, des arrangements, ... . Le plus long ensuite, c'est de travailler les arrangements en détail, trouver les sons adaptés, il y a des essais qui sont faits. J'écoute cela tranquillement. Je laisse mûrir, je réécoute cela quelques mois après et je vois si c'est bon ou pas.
En moyenne, il faut du recul, se donner du temps. Parce que quand on crée quelque chose, on est presque toujours content de ce qu'on a fait., on ne voit pas les défauts.
- Jacqueline Thibaut : Oui, c'est vrai.
- Jean-Marc Staehlé : C'est nouveau. On est émerveillé par ce qu'on a fait. Et puis, peu de temps après, on commence à voir tous les défauts. On a envie de tout changer.
Parfois, c'est génial tout de suite mais souvent on se dit après que ce serait mieux avec un autre type de son Ce sont aussi tous les petits détails qui mis ensemble font la qualité ou non de l'œuvre.
Par contre les morceaux qui sont très très forts, le sont fréquemment dès la création. Il y a eu un concours de circonstances qui fait qu'on a mis trois quatre sons ensemble et que cela a donné un message très puissant.
Pour la créativité, il a quelque chose qui est très important, ce sont les univers sonores qu'on a ou pas à sa portée.
J'ai constamment renouvelé mes synthés et mes banques de sons et chaque fois cela amène de nouveaux climats, de nouvelles idées créatives.
J'essaie de séparer le travail technique et celui de création. Pendant un certain temps travailler sur des banques de sons et les répertorier, cela prend énormément l'intellect et nécessite un gros travail sur les machines qui met un univers à sa disposition. Puis ensuite, je pars par exemple à la campagne avec mes synthés, sans rien pour me déconcentrer et la avec tous les sons prêts pour apporter de l'inspiration, la créativité peut suivre librement, spontanément son cours.
Je crois que pour bien créer, il faut la tête libre, la disponibilité et ne pas être pris dans les problèmes techniques.
La technologie que nous employons est merveilleuse mais seulement quand elle fonctionne, sinon, c'est la galère.
- Claude Yvans : Moi, c'est très nouveau, je viens du spectacle et j'utilisais des technologies beaucoup plus simples au niveau de la scène, je travaillais avec beaucoup d'images, des projections. Et j'ai toujours travaillé avec des sonos et du matériel sonore mais pas aussi sophistiqué que maintenant. Et au début, j'ai encore fait des spectacles en 1990, c'est un apprentissage assez difficile. On prend un temps fou à tout comprendre et assimiler. Mais en même temps, j'ai retrouvé l'univers que j'avais avec les Revoxs. C'est mon « truc », je me sens chez moi la dedans et pour repréciser comme j'écris de la poésie comme point de départ qui est déliée ensuite en sons et éventuellement en images. Au départ donc, je suis quelqu'un d'écriture alors que Jean-Marc et Jacqueline puisent plus dans les racines musicales. Je pars de concepts, d'histoires. Même chaque album a une histoire. « L'Arbre Source » était au départ un projet visuel et c'est devenu un album. Je suis plutôt quelqu'un qui utilise les mots. Ce qui est intéressant à DIEM, c'est qu'on est une dizaine de créateurs et on est tous très différents. Et même ceux qui utilisent la musique comme point de départ de leur création sont pourtant tous très différents dans la façon de travailler mais aussi dans les concepts.
- Jean-Marc Staehlé : On s'en rend bien compte dans la compilation qu'on vient de sortir.
- Claude Yvans : Comme tu l'as dit aussi tout à l'heure, il y a aussi la démarche de développement personnel du créateur qui joue. Moi, c'est mélangé, c'est parallèle. En fait , c'est une façon d'avancer, de thérapie. Pour l'instant, c'est la meilleure façon que j'ai trouvée, pour m'éclaircir, avancer dans ma musique.
Ce qu'il y a de bien, c'est que ce n'est pas comme un métier, bien que certains ont un métier et une démarche personnelle séparés. Ici, les deux sont intégrés. Autrefois mes spectacles et moi-même étaient distincts, ici tout est mélangé et on va voir ce que cela donne.
- Jacqueline Thibaut : Oui mais ca, c'est ton « truc », ce n'est pas pour tous les artistes de DIEM. Ca dépend des artistes mais ils ne sont pas tous dans ce cas la.
- Claude Yvans : Voilà, c'est différent. Jusqu'en 1983 (j'étais d'ailleurs à Bruxelles), je faisais des spectacles dont le contenu avait des rapports avec tous les courants dont on parle mais personnellement, je n'avais pas du tout travaillé sur moi. Et comme justement, les résultats n'étaient pas bons, je suis rentrés dans tout un tas de choses liées au développement personnel et j'ai fait plein de stages, j'ai avancé dans plein de directions et ca aussi, c'est une partie importante de ma vie de rencontrer des gens, d'expérimenter des choses avec ces gens la.
